“La Géoculture” par Démosthène Davvetas.

“La Géoculture” par Démosthène Davvetas.

À l’occasion de la toute récente publication de mon livre, reçu en France avec un certain succès, intitulé “Alexandre le Grand, fils de la Grèce”, et compte-tenu de l’intérêt mondial sans cesse croissant envers la personnalité et des capacités stratégiques du fameux généralissime Gréco-Macédonien, je voudrais proposer quelques remarques géoculturelles, à mon sens particulièrement opportunes. En ce moment, eu égard au comportement d’Erdogan et de la Turquie.

Alexandre le Grand était conscient que, dans l’esprit des Grecs de l’époque, les Perses avaient inoculé la peur, une peur proche de la panique, étayée par leur supériorité numérique et leur principe d’occupation les terres d’autrui, qu’ils détruisaient, rachetaient ou simplement s’appropriaient, en rejetant et excluant culturellement les « non-valeurs » des autres. Cette peur avait atteint les dimensions d’un effroi collectif et sitôt que les Perses se montraient menaçants, les Grecs se voyaient acculés à des comportements héroïques pour se tirer d’affaire. C’est cette peur qu’a dissipée Alexandre, grâce à l’organisation, la discipline et une excellente formation, ingénieuse et innovante, de son armée : grâce aussi à sa formation philosophique, dont provenaient son ouverture d’esprit et sa diplomatie culturelle.

Autant d’éléments, entre beaucoup d’autres, qui constituent les clés de son génie stratégique, et qui peuvent tout à fait nous servir de boussoles psychologiques dans notre conflit actuel avec les Turcs.

Notre armée, aux dires des experts, est de taille à défendre et protéger la patrie. Il n’est pas nécessaire pour l’instant de tomber dans le piège des Turcs et d’attaquer au-delà de nos besoins défensifs. En revanche, nous pouvons pleinement passer à l’attaque dans le domaine culturel. La plupart des pays parmi les plus puissants du monde aiment l’histoire et la culture grecques.

Qu’est-ce qui nous empêche de mettre en avant la diplomatie culturelle et de commencer à informer tout le monde de la situation ? Qu’est-ce qui nous empêche d’employer nos forces culturelles, en guise de tactique et de stratégie, de manière à faire croître le nombre de nos amis et à élargir ainsi un front anti-turc, en exposant clairement pourquoi nous sommes dans notre droit ?

Rien ne nous en empêche. Nous avons l’avantage de la civilisation, face aux Turcs qui n’ont pour avantage que des massacres et des crimes contre l’humanité. Ne perdons pas de vue le cas des Arméniens. À partir du commerce et de leur culture religieuse, ils ont noué de fortes alliances avec la France et d’autres pays : ils ont ainsi obtenu la reconnaissance du génocide historique qu’ils ont subi et recruté aujourd’hui de puissants alliés dans le monde civilisé.

À nous d’agir de la même façon. Nous avons notre histoire, notre philosophie, nos lettres et nos arts. Nous avons une culture humaniste. Ce sont sur ces fondations-là que s’est bâtie la culture Européenne. Ces fondements, il convient de les ranimer et de les rallier à nous. N’oublions pas Delacroix ou Byron qui ont suscité l’indignation du monde à propos du sort de la Grèce. N’oublions pas tous les poètes ou les philosophes qui l’ont soutenue. C’est ainsi que nous surmonterons le problème.

Alexandre le Grand a entamé le dialogue avec les autres cultures, dont les singularités généralement ne le gênaient pas. C’est ainsi qu’il s’est concilié le coeur des peupkes et qu’il a gagné. Ce n’est pas seulement militairement qu’il a gagné, c’est surtout culturellement.

Pourquoi ne pas faire comme lui ? Ayons d’un côté notre défense prête et forte pour protéger notre pays. De l’autre, soyons constamment attentifs à susciter l’attirance culturelle chez nos alliés potentiels. Avec ces deux atouts, nous pouvons jouer gagnants. Avec ces deux atouts, nous transférons la peur dans le camp d’Erdogan, qui va devoir redouter la coalition d’un front anti-turc. Avec ces deux atouts, nous pouvons également consolider notre politique économique, chose que j’évoquerai dans un prochain article. Avec ces deux atouts, nous renforçons notre identité. Et dès lors nous n’avons rien à craindre. De la stratégie d’Alexandre le Grand, apprenons donc à n’être pas infatués d’un nationalisme bancal et plein de forfanterie, mais plus que tout, apprenons à nous forger une mentalité tournée vers une connaissance correcte de soi, qui sera universelle parce qu’elle est grecque. Qui sera universelle parce que reposant sur la mesure et la justice. Or le droit, dans le conflit avec les Turcs, est avec nous. Alexandre le Grand peut devenir le cauchemar d’Erdogan.

Démosthène Davvetas

Professeur de philosophie de l’art, poète, plasticien, analyste géoculturel.

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